La cinquième saison en médecine traditionnelle chinoise : se recentrer avant l’automne

 Fatigue de la rentrée, stress, brouillard mental, lourdeur corporelle, troubles digestifs, sensation de gonflement, ruminations… Et si votre organisme vous demandait simplement de ralentir pour mieux s’adapter ?

Qu’est-ce que la cinquième saison en médecine traditionnelle chinoise ?

Depuis l’entrée du Soleil dans le signe de la Vierge, on traverse une période particulière que la médecine traditionnelle chinoise nomme la cinquième saison. Contrairement aux quatre saisons classiques, elle ne correspond pas à un point cardinal mais à un intervalle, une inter-saison qui vient s’intercaler entre chacune des quatre autres. Elle est régie par l’élément terre et placée sous l’égide de Mercure, ce qui invite naturellement à desserrer les tensions et à calmer le système nerveux.

Cette période de bilan, de recul et de diététique tombe à un moment particulièrement paradoxal du calendrier. C’est la rentrée, on replonge dans le stress, on se rue vers le café et les sucres rapides pour tenir le rythme, alors que la nature invite exactement à l’inverse : revenir en soi, se centrer, ralentir. Sur le plan astrologique, on se trouve sur l’axe Vierge-Poisson, celui qui relie l’analyse minutieuse au lâcher-prise, la structure à la dissolution.

Une période de recentrage entre deux mondes

La cinquième saison est avant tout une période de stabilité, une pause structurante avant de rentrer, au sens large : rentrer dans un rythme, une entreprise, des études, une nouvelle priorité, un nouveau sens à donner à sa vie. C’est un temps de digestion psychique, de préparation au changement de saison mais aussi au changement de rythme qui s’annonce.

C’est aussi le moment de cueillir les fruits de sa maturation intérieure, à l’image des récoltes et des vendanges à l’extérieur, et de développer cette présence sécurisante en soi qui permettra d’aborder l’automne avec ancrage.

Le Yi King éclaire cette dynamique à travers deux trigrammes. Kun, la réceptivité, la terre mère nourricière, associé au sud-ouest, se situe entre la fin de l’été et l’automne. Gèn, la montagne, l’immobilisation, associé au nord-est, se situe entre l’hiver et l’arrivée du printemps. Ensemble, ils dessinent les deux visages de cette énergie terre : accueillir et se stabiliser.

C’est une période où il est indiqué de développer la conscience de son schéma corporel et de prendre soin de son énergie post-natale, le Qi acquis, celui qui vient en soutien du Qi inné, prénatal et héréditaire, notre fameux terrain. Concrètement, cela passe par la qualité et la quantité de ce que l’on mange, une bonne aération, une respiration ample et naturelle en extérieur, pour bénéficier ensuite d’un sommeil réparateur ou, à défaut, de micro-siestes régénérantes.

Rate, estomac : les organes de la cinquième saison

Les organes et entrailles concernés par cette saison sont ceux du foyer moyen, rate et estomac. Leur fonction est de séparer le pur de l’impur dans les aliments, d’extraire l’énergie, de produire le sang et de le faire circuler pour nourrir l’ensemble des organes et entrailles. S’y ajoutent le transport et la transformation des liquides organiques, ainsi qu’une fonction d’homéostasie qui maintient le sang dans les vaisseaux.

Quand l’énergie terre se dérègle : les symptômes à connaître

Lorsque cette énergie terre est en difficulté, plusieurs signes peuvent apparaître : glaires, mucosités, œdèmes, épistaxis (saignements de nez), tendance aux bleus, tissus flasques, cellulite. La saison, encore chaude mais de plus en plus humide, se manifeste souvent par des brouillards matinaux, et par analogie, tout ce qui est en haut reflétant ce qui est en bas, par une tête embrumée, des céphalées, des migraines, une rumination mentale et une lourdeur générale du corps avec des gonflements articulaires.

Chez les femmes, il est conseillé d’éviter les bains pendant les menstruations ainsi que les cheveux mouillés. Pour contrebalancer, on peut étirer les jambes, ouvrir le plexus, pratiquer une respiration ventrale, et se tourner vers le yoga, le tai-chi ou le qigong médical, qui travaillent directement sur les organes et entrailles. La méditation en posture de la montagne, assis, le dos droit, retrouve ici tout son sens.

Les signes d’une déficience de la rate

Sur le plan psychique, une déficience de la rate peut se traduire par des tendances anorexiques ou boulimiques, une peur du manque, une propension à thésauriser ou à se remplir, des difficultés de concentration, du mal à assimiler les connaissances, ainsi que des angoisses. Il est essentiel de ne pas sauter de repas et d’éviter le jeûne ou les monodiètes, qui affaiblissent réellement le Qi de la rate puis, à terme, celui du rein. Mieux vaut varier les petits plats, en petites quantités, en jouant sur les couleurs et les odeurs.

Chaleur-humidité : un tableau clinique riche

La chaleur-humidité, caractéristique de cette saison, se reconnaît à une sensation de lourdeur, une fièvre persistante qui augmente l’après-midi, des jambes et une tête lourdes, des nausées, une sueur collante, une bouche amère et pâteuse, une langue à l’enduit jaune. On observe aussi des selles molles et collantes, des urines foncées, parfois moussueuses et peu abondantes, avec une sensation de brûlure en urinant.

Chez la femme, des pertes blanches jaunâtres et épaisses peuvent apparaître, avec démangeaisons, tandis que chez l’homme on peut noter un scrotum humide et moite. S’y ajoutent des lésions suintantes, des vésicules rouges, un eczéma humide et gras, des expectorations épaisses, ainsi que des troubles digestifs (nausées, vomissements, remontées acides).

Lorsque le foie et l’estomac sont également touchés, on peut observer des acouphènes, un blanc de l’œil jaunâtre ou injecté de sang, des sécrétions collantes le matin, des croûtes nasales, des vertiges et des palpitations. Le sommeil peut être perturbé par des rêves fréquents et agités, de poursuite, de feu ou de conflit, des réveils nocturnes, des transpirations nocturnes et des bouffées de chaleur au visage.

D’autres signes peuvent apparaître : douleurs lombaires et articulaires, varices, brûlures ou fissures anales, suintements, mucus dans les selles, petits kystes ou ganglions douloureux sous la peau (aisselles, plis), herpès, aphtes, mycoses, forte odeur corporelle, peau et cheveux gras, acné, ou encore cette soif paradoxale accompagnée de nausées et d’une fatigue marquée en après-midi, notamment après la sieste.

Quand le foie s’en mêle

Le foie, lorsqu’il est perturbé, peut provoquer des douleurs sous les côtes, un teint jaunâtre, une irritabilité marquée, des impatiences dans les jambes, une sensation de bouillonnement intérieur. Les céphalées prennent alors une forme particulière : temporales, migraineuses, pulsatives, aggravées par le stress, la chaleur et la lumière (photophobie). On note enfin des gaz, des ballonnements et une intolérance aux graisses, qui augmentent avec les repas gras et sucrés.

Les aliments et boissons à privilégier

Pour soutenir cette saison, on privilégie les légumes amers et diurétiques : artichaut, radis noir, concombre, courgette, endives, pissenlit. Côté féculents, l’orge perlée en soupe, les haricots mungo et le riz semi-complet sont particulièrement adaptés. On peut ajouter du vinaigre de cidre ou de riz, du thé vert léger, du citron ou du pamplemousse.

Pour les tisanes, chardon-marie, artichaut, pissenlit, desmodium, romarin, zeste de citron ou d’orange amère, camomille, bupleure, gentiane et absinthe (la fameuse artemisia), la ményanthe, le chrysanthellum, le phyllanthus, le boldo, la chicorée, la mélisse, le tilleuil, la fumeterre sont recommandés, idéalement une heure avant ou après les repas pour ne pas diluer les sucs digestifs. Le soir, on se limite à 30 cl maximum pour ne pas fatiguer inutilement les reins.

Sont à privilégier également les pommes vertes type Granny Smith, les poires, pamplemousses, citrons et petits fruits rouges, ainsi que le céleri branche, le curcuma frais, le fenouil, la tomate, le basilic, le soja, les légumes verts et les cuissons à la vapeur, à l’étuvée ou sautée rapidement à la poêle. 

Ce qu’il vaut mieux éviter

Les sucres rapides sont à limiter au maximum, y compris le miel et les fruits secs comme les abricots, figues et dattes, ainsi que les bananes, le raisin et tous les jus de fruits industriels, même sans sucre ajouté. Les fromages, le beurre, les fritures, le café, l’alcool, le chocolat, les épices fortes (piment, poivre, gingembre sec, moutarde), ainsi que certains fruits de mer très humidifiants comme les crevettes, moules et crabes, sont également déconseillés durant cette période.

Trois jus drainants pour accompagner la saison

Ces recettes, adaptées aux profils en excès qui disposent d’une bonne marge d’énergie, permettent de drainer en douceur sans épuiser les ressources, contrairement au jeûne ou aux repas sautés qui affaiblissent la rate puis les reins. Un verre par jour au maximum suffit.

Jus tonique du matin : un demi-concombre avec la peau, deux branches de céleri avec les feuilles, une pomme verte, un petit morceau de gingembre frais pour réchauffer la rate. Mixer le tout avec 10 centilitres d’eau. À consommer à jeun le matin ou en milieu de matinée.

Jus de début d’après-midi : un demi-pamplemousse rose, une petite carotte, un centimètre de curcuma frais. Mixer le tout avec 10 centilitres d’eau. À prendre à distance des repas, environ une heure après.

Jus drainant à la pastèque : 200 grammes de pastèque, quelques feuilles de menthe fraîche, une pincée de sel, une cuillère à café d’huile d’olive, sans ajout d’eau. Idéal pour drainer et fluidifier.

Conclusion

Fatigue persistante, stress, brouillard mental, troubles digestifs, surcharge émotionnelle ou sensation de ne plus parvenir à retrouver son centre ne sont pas toujours des problématiques isolées.

Dans une approche holistique, il est possible d’explorer les différentes dimensions de la personne, son histoire, son terrain, son fonctionnement émotionnel, ses habitudes de vie, ses relations et les mécanismes qui peuvent participer à ses déséquilibres.

L’objectif n’est pas simplement de faire taire un symptôme mais aussi de chercher à comprendre ce qu’il vient raconter.

Parfois, le corps ne nous demande pas de faire davantage. Il nous demande simplement de revenir à l’essentiel.

Retrouver son centre n’est pas revenir en arrière. C’est retrouver un point d’appui suffisamment stable pour pouvoir avancer autrement…en conscience de ce qui se joue en profondeur.

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