Nous vivons dans une époque où l’écran est devenu la nourrice du XXIᵉ siècle. Par peur de l’ennui, beaucoup de parents, souvent animés par une intention bienveillante, remplissent chaque interstice de la vie de leurs enfants. Les journées se transforment en successions de vidéos, d’applications, d’activités et de sollicitations permanentes. Dans cette société de flux mental continu, où l’on habite davantage ses écrans que son propre corps, le vide est devenu suspect. Ne rien faire est perçu comme une perte de temps, alors que c’est précisément l’inverse.

Cette saturation numérique n’est pas seulement un enjeu éducatif : c’est un enjeu de santé publique. Une vaste étude britannique menée pendant quatre ans sur 4 512 adultes par le professeur Emmanuel Stamatakis (University College London) montre que consacrer au moins deux heures par jour à regarder la télévision augmente de 48 % le risque de maladies cardiovasculaires prématurées. Ce risque grimpe à 125 % chez les personnes qui passent plus de quatre heures par jour face à leurs écrans. Ces tendances sont indépendantes du tabagisme, de l’hypertension artérielle ou d’un IMC supérieur à 25, ce qui signifie que l’exposition prolongée aux écrans constitue en elle-même un facteur de risque majeur.

Les chercheurs soulignent également que ces effets ne concernent pas uniquement les adultes. Les enfants et les adolescents, exposés de manière croissante aux écrans d’ordinateur, aux jeux vidéo et aux plateformes numériques, présentent des altérations similaires. Les heures passées devant un écran perturbent la qualité du sommeil sur le long terme, en modifiant les cycles de vigilance et en retardant l’endormissement. Elles influencent aussi négativement plusieurs marqueurs métaboliques inflammatoires, notamment la protéine C‑réactive et certaines lipoprotéines, indicateurs biologiques associés à un risque accru de maladies cardiovasculaires et de troubles métaboliques. Autrement dit, la virtualité ne se contente pas d’occuper l’esprit : elle imprime sa marque dans le corps.

L’ennui : un espace intérieur indispensable au cerveau

Le mind‑wandering : quand l’esprit vagabonde et crée

Les neurosciences cognitives décrivent un phénomène essentiel pour le développement de l’enfant : le mind‑wandering. Il apparaît lorsque le cerveau cesse d’être bombardé de stimulations externes et peut enfin se tourner vers lui-même. Dans cet état, l’esprit relie des informations éloignées, revisite des expériences, imagine, rêve et crée. Les grandes idées surgissent rarement dans l’effort frénétique. Elles émergent sous la douche, en marchant, en regardant par la fenêtre, dans ces moments où le mental analytique se relâche et où une forme d’intelligence plus globale peut apparaître.

Vierge–Poissons : le passage du contrôle à l’intuition

L’axe astrologique Vierge–Poissons illustre parfaitement ce mouvement intérieur. La Vierge analyse, trie, classe et découpe le réel pour mieux le comprendre, tandis que les Poissons ressentent, relient, synthétisent et laissent émerger une vision globale. Entre les deux existe un passage essentiel, celui qui mène du détail à la totalité, du contrôle au lâcher‑prise, de l’analyse à l’intuition. Ce passage nécessite une ressource que notre société valorise de moins en moins : la détente profonde.

Le corps détendu : le premier espace de régulation

Le bâillement, le soupir, le regard dans le vide

Lorsqu’un enfant est vraiment détendu, son corps le montre. Il bâille, soupire, regarde dans le vide, s’allonge et rêvasse. Pourtant, nous avons souvent le réflexe de lui dire de se lever, de faire quelque chose, de remplir sa journée. Ce que nous oublions, c’est que son cerveau est peut‑être en train de faire exactement ce qu’il doit faire : se réguler. Le bâillement accompagne les transitions d’état de vigilance et marque souvent une détente profonde. Lorsque nous apprenons à nous détendre, nous accédons à des états de conscience modifiée que la sophrologie décrit comme l’état sophroliminal, où les ondes alpha dominent et favorisent l’apprentissage, l’intuition et l’intégration.

Le cerveau a besoin de vide pour apprendre

L’apprentissage n’est pas uniquement une affaire d’effort. La créativité n’est pas seulement une question de volonté. L’intuition ne dépend pas uniquement du talent. Le cerveau a besoin de pauses, de respiration, de silence et de temps où rien n’est demandé. Lorsque chaque microseconde de la vie des enfants est remplie par des écrans, ils perdent l’occasion d’expérimenter par eux‑mêmes, d’explorer leur monde intérieur, de développer leur autonomie psychique et de ressentir leur propre corps. Nous risquons de fabriquer des enfants hyper‑stimulés mais sous‑habités, présents dans le virtuel mais absents d’eux‑mêmes.

Résister à la tentation de remplir le vide

Laisser un enfant ne rien faire : un acte éducatif majeur

Il est peut‑être temps de réapprendre à laisser les enfants ne rien faire. Les laisser regarder les nuages, marcher sans but, observer une fourmi, s’allonger dans l’herbe ou rêvasser en silence. Dans ce « rien » apparent, il se passe énormément de choses. La créativité a besoin d’espace. L’intuition a besoin de silence. Le cerveau a besoin de respirer. Le vide n’est pas du temps perdu. C’est l’endroit où naît l’idée.

Réhabiliter l’ennui pour réhabiter le corps

Dans une société qui pousse les enfants à vivre dans leurs écrans, réhabiliter l’ennui est un acte de résistance éducative. C’est offrir aux enfants un espace intérieur où leur cerveau se régule, où leur imagination se déploie, où leur intuition se forme, où leur créativité se construit et où leur corps redevient un lieu habité. L’ennui n’est pas un manque. C’est une porte d’entrée vers soi.

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